
Un moteur V4 qui hurle à plus de 17 000 tours/minute dans le garage, ça ne laisse personne indifférent. Chez Aprilia, la passion de la mécanique et de la course a toujours dicté chaque décision technique. En tant que mécanicien moto indépendant, j’ai eu l’occasion de poser mes mains sur ces mécaniques italiennes, de la petite routière à la superbike de compétition, et je peux vous dire que cette firme de Noale possède une âme bien à elle.
Dans cet article, nous allons retracer l’histoire de la firme, décrypter ses modèles phares et comprendre pourquoi ce constructeur continue de faire rêver les motards du monde entier.
Aprilia : une histoire née dans le vélo à Noale
L’histoire commence en 1962, dans la petite ville de Noale, en Vénétie. À l’époque, Aprilia n’est pas encore un constructeur de motos. Alberto Beggio, le père du futur patron Ivano Beggio, dirige une petite entreprise qui fabrique des vélos. C’est d’ailleurs en assemblant des cyclomoteurs à partir de pièces diverses que le jeune Ivano, passionné de mécanique, donne naissance à la première véritable moto de la marque en 1968.
Le vrai tournant intervient dans les années 1970. Ivano Beggio prend les rênes de l’entreprise familiale et décide d’orienter la production vers les motos sportives et de petite cylindrée. Rapidement, les modèles comme la Aprilia RX ou la ST se démarquent par leur design novateur et leurs cadres robustes. Dès le début, la jeune pousse italienne veut se faire un nom sur les circuits. L’engagement en compétition devient le laboratoire de la marque. En 1985, Aprilia fait sensation en engageant une 250 cm3 à moteur rotatif au Grand Prix moto, marquant le début d’une longue et glorieuse épopée en Grand Prix moto.
Contrairement à d’autres constructeurs historiques comme Triumph qui ont bâti leur légende sur la route et le flat-track, Aprilia a forgé son ADN exclusivement sur les circuits du monde entier. Cette obsession pour la performance se ressentira sur chaque modèle de route produit par la suite.
Le palmarès sportif qui a forgé la légende Aprilia
On ne peut pas parler de la marque sans évoquer son palmarès absolu en compétition. C’est simple : Aprilia est l’un des constructeurs les plus titrés de l’histoire du championnat du monde de vitesse. Entre les années 1990 et le début des années 2000, la firme italienne a écrasé les catégories 125 cm3 et 250 cm3.
Des légendes comme Valentino Rossi, Max Biaggi ou encore Loris Capirossi ont tous remporté des titres mondiaux sur des motos arborant le lion de Noale. Ce palmarès n’est pas qu’une vitrine commerciale, c’est le cœur du développement technologique de la marque. Les ingénieurs de Noale ont utilisé la compétition pour mettre au point des châssis exceptionnels et des moteurs surpuissants.
En 2010, Aprilia décide de s’attaquer à la catégorie reine, la MotoGP, avec une RS Cube. Si les débuts ont été compliqués, la persévérance a payé. Aujourd’hui, avec des pilotes comme Aleix Espargaró ou Maverick Viñales, Aprilia est devenue une véritable équipe d’usine capable de jouer les premières places. Cette expérience en MotoGP se retrouve directement sur nos routes, notamment à travers l’électronique embarquée et l’aérodynamique de leurs modèles de série.
Les modèles routiers emblématiques de la marque Aprilia
Si la marque a connu un succès foudroyant en compétition, elle a su décliner son savoir-faire sur des motos accessibles au grand public. Du roadster à la sportive, l’éventail de modèles a toujours été impressionnant.
Les débuts routiers et les petites cylindrées
Dans les années 90, la marque cartonne avec des modèles comme l’Amico, le Gulliver, ou la fameuse Leonardo. Mais c’est avec la gamme RS que tout change. La Aprilia RS 125, équipée d’un moteur Rotax, devient LA sportive de référence pour les jeunes conducteurs. Légère, look de course, sonne comme une vraie GP : elle a formé des générations de motards. À l’atelier, je tombe encore régulièrement sur des RS 125 d’époque parfaitement entretenues par leurs propriétaires. C’est un vrai plaisir de bosser sur ces mécaniques simples mais efficaces.
Côté tout-terrain, la gamme RXV et SXV (avec les fameux moteurs V2 de 450 et 550 cm3) a également marqué les esprits, bien que leur fiabilité demandait une attention de tous les instants.
La révolution des gros roadsters : la Shiver et la Dorsoduro
Au milieu des années 2000, Aprilia veut s’attaquer au marché des roadsters de moyenne et grosse cylindrée. En 2007, la marque lance la Shiver 750. C’est une petite révolution : c’est la première moto de série équipée d’un système ride-by-wire (gestion électronique de l’accélérateur). Le moteur est un V2 de 90 degrés, souple et coupleux. Le châssis est un modèle de rigueur.
En parallèle, la Dorsoduro 750 (et plus tard la 1200) vient s’attaquer au segment des supermotards. Fun, agile et puissante, elle incarne parfaitement la philosophie transalpine : mettre le plaisir de pilotage avant tout. À l’époque, face aux références japonaises comme la moto Kawasaki Ninja ou les allemandes de chez BMW Motorrad, Aprilia se démarque par un caractère beaucoup plus exubérant.
Les motos Aprilia sportives : de la RSV au modèle RSV4
Impossible de parler de la marque sans s’attarder sur la RSV4. Lancée en 2009, c’est la superbike ultime du constructeur. Un V4 compact, surpuissant, un châssis dérivé directement de la course. La RSV4 a d’ailleurs remporté plusieurs titres en Superbike (WSBK) avec Max Biaggi et Sylvain Guintoli. Si vous envisagez d’acquérir ce monstre, je vous recommande vivement de consulter mon guide d’achat complet sur la RSV4 Factory, car entre l’entretien des caches et la gestion électronique, il faut savoir ce dans quoi on s’engage.
Plus récemment, Aprilia a frappé fort avec la RS 660. Une sportive de milieu de gamme qui reprend le V2 de la Shiver, mais dans un châssis ultra-compact. Léger, agile, parfait pour la route comme pour la piste. C’est aujourd’hui l’une des références dans la catégorie, talonnant de près des concurrentes comme la Ducati Panigale V2.
L’ère du trail avec la Caponord et la Tuareg 660
Le marché des trails a explosé, et Aprilia n’a pas tardé à vouloir y prendre sa part. D’abord avec la Caponord, un trail routier au moteur V2 robuste, mais qui n’a jamais réussi à inquiéter les références du marché. Plus récemment, la marque a corrigé le tir avec la Tuareg 660.
Ici, on change de philosophie. La Tuareg 660 est un véritable trail orienté voyage et tout-terrain. Le moteur est un nouveau V2 de 659 cm3, très coupleux à bas régime. Le châssis est pensé pour la rando, avec une roue avant de 21 pouces. C’est une excellente alternative face aux références du marché. Si vous cherchez un trail polyvalent, la Tuareg mérite qu’on s’y attarde, tout comme le choix d’un Suzuki V-Strom qui reste une valeur sûre dans cette catégorie.
Fiabilité et entretien : les conseils du mécano
C’est bien beau de faire rêver avec des palmarès et des V4, mais dans mon atelier, ce qui compte, c’est de savoir comment se comporte la bête sur le long terme. Alors, quelles sont les spécificités de l’entretien chez Aprilia ?
L’électronique avant tout
Les modèles récents sont truffés d’électronique. Contrôle de traction, cartographies moteur, ABS cornering, quickshifter… C’est génial pour le pilotage, mais ça demande un outillage de diagnostic performant. Mon premier conseil : ne laissez pas le voyant moteur s’allumer sans aller voir un professionnel qui a l’interface Aprilia (P.A.D.S). Une simple baisse de tension de la batterie peut parfois mettre en défaut tout le calculateur.
L’entretien des moteurs V4 et V2
Les moteurs en V de la marque sont des merveilles de mécanique, mais ils ont leurs petites exigences.
- Le contrôle des jeux aux soupapes : Sur les RSV4, c’est crucial. Ne dépassez pas les intervalles préconisés (généralement autour des 24 000 km). Si une soupape se bloque, la facture du moteur complet vous attendra.
- La vidange : Utilisez une huile de très haute qualité (j’insiste là-dessus). Ces moteurs montent haut dans les tours et chauffent. Une huile de mauvaise qualité va s’émulsionner et perdre ses propriétés lubrifiantes.
- La chaîne de transmission : Rien de spécial par rapport aux autres marques, mais un nettoyage et une lubrification tous les 500 km sont indispensables, surtout si vous roulez sur des modèles puissants comme la RSV4 ou la Tuareg en tout-terrain.
Les pièces détachées
C’est le point faible historique de la marque. Le réseau de concessionnaires est moins dense que celui de ses concurrents japonais comme Honda. Résultat : les délais de livraison pour certaines pièces peuvent parfois s’éterniser. Mon astuce de mécano : si vous achetez un modèle Aprilia, rapprochez-vous d’un concessionnaire de confiance et n’hésitez pas à commander à l’avance les pièces d’usure (plaquettes, filtres, courroies).
Pourquoi choisir une moto de cette marque italienne aujourd’hui ?
Choisir Aprilia, c’est faire le choix de la différence. Sur les routes françaises, on voit beaucoup de roadsters japonais et de sportives allemandes. Rouler en italien, c’est s’offrir un caractère un peu à part, un design qui ne laisse pas indifférent et une technologie directement issue de la MotoGP.
La gamme actuelle est cohérente et particulièrement aboutie. Que vous soyez débutant avec la RS 660, baroudeur avec la Tuareg 660, ou amateur de sensations extrêmes avec la RSV4, il y a une moto pour chaque type de pilote. La firme de Noale a su se moderniser, s’intégrer au groupe Piaggio (ce qui a considérablement amélioré la qualité de fabrication et la fiabilité depuis les années 2010), tout en gardant son ADN de vainqueur.
Conclusion
L’histoire d’Aprilia est celle d’une petite entreprise italienne devenue géant de la compétition. De la petite RS 125 aux monstres de la MotoGP, la marque a toujours su innover, parfois de manière fracassante, pour offrir aux motards des machines au caractère bien trempé.
Si vous avez un projet d’achat ou si vous possédez déjà une de ces mécaniques et que vous avez besoin d’un entretien sérieux, n’hésitez pas à passer voir un mécanicien qui connaît la marque. La technologie embarquée demande des mains expertes et un vrai amour pour la mécanique. Et si vous avez des questions sur l’entretien de votre moto italienne, laissez un commentaire ci-dessous, je vous répondrai avec plaisir entre deux révisions !






